• À propos de la restructuration disciplinaire

    Date: 08 mars 2011 | Catégories: Communiqués

    QSF tient à attirer l’attention de la communauté universitaire sur deux projets actuels de redécoupage du CNU et de sections du Comité National du CNRS dont l’importance doit être soulignée.

    La première restructuration concerne le domaine de la philosophie. La « nouvelle nomenclature des Sciences de l’Homme et de la Société » publiée fin 2010 dans un document du groupe « Stratégie nationale de recherche et de l’innovation » du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche prévoit une partition de la philosophie. Les philosophes se trouveraient répartis dans deux groupes. Un premier groupe, identifié par le mot clé « sciences cognitives » (une trentaine d’enseignants-chercheurs et chercheurs, CNRS et Universités regroupés), se trouverait inclus dans le sous-domaine SHS 4, « Esprit humain, Langage, Éducation ». Tous les autres chercheurs et enseignants-chercheurs français (plusieurs centaines), se retrouveraient dans la sous-section « Philosophie », qui serait placée avec les langues, la littérature, les arts, la religion, l’histoire des idées, dans un groupe SHS 5 « Langues, textes, arts et cultures », qui regrouperait ainsi plus d’un tiers des effectifs des SHS ! La philosophie ne serait ainsi plus qu’une sous-section du CNU.

    Un tel découpage est tout à fait artificiel et ne rend pas compte de la diversité des objets et méthodes de recherche de la discipline. On peut ainsi se demander ce que deviennent la philosophie politique, la philosophie des sciences, l’éthique contemporaine, etc. La plupart des chercheurs et enseignants-chercheurs ne peuvent se reconnaître dans aucune des deux subdivisions, y compris d’ailleurs une partie importante de ceux qui travaillent en philosophie du langage et de la connaissance. L’évaluation serait ainsi rendue plus difficile par une vision tronquée de la recherche dans la discipline, et la faiblesse numérique du nouveau « sous-groupe » au CNU et au Comité National déterminerait une situation d’auto-évaluation. Cet éclatement ne rapproche en rien la situation de la discipline des normes internationales.

    La seconde restructuration prévue serait la création d’une nouvelle section CNU intitulée « Criminologie ». Prenant prétexte du très faible nombre de thèses portant sur ce domaine, présentées pour des demandes de qualification devant la section de droit privé (section 01), qui examine les dossiers de droit pénal et de criminologie, certains universitaires auraient demandé la création d’une section spécifique consacrée à ce domaine disciplinaire. Ce projet a suscité une très forte réaction de la part non seulement des spécialistes de droit pénal, qui ont signé une pétition dans le Recueil Dalloz mais aussi de sociologues. Ils dénoncent tous le caractère arbitraire et dangereux de cette mesure, qui semble surtout motivée par le souci d’une minorité d’obtenir ainsi une reconnaissance institutionnelle et scientifique que la communauté universitaire ne lui accorde pas.

    QSF s’oppose à des partitions arbitraires et simplificatrices, qui ne répondent qu’aux intérêts de quelques-uns et ne peuvent qu’affaiblir les disciplines. Ce n’est pas ce qu’on attend d’une « stratégie nationale de recherche et d’innovation ». Le ministère doit rester neutre et impartial et en particulier veiller à ce que les conditions dans lesquelles l’architecture des disciplines est décidée soient exemptes de conflits d’intérêts.

    QSF demande que la CP-CNU se prononce, lors de sa prochaine réunion, sur ces deux projets et que le ministère tienne compte de la décision de celle-ci.