• « Trois propositions pour une refonte de l’accès à l’enseignement supérieur », par Claudio Galderisi

    Date: 04 octobre 2017 | Catégories: Tribune

    Préambule

    L’introduction des prérequis contraignants est sans doute la dernière possibilité de restituer à l’université sa vocation première. Elle est aussi une chance pour les centaines de milliers d’étudiants que le système actuel condamne sur l’autel d’un égalitarisme qui est à l’opposé de l’égalité des chances.

    L’introduction des prérequis implique cependant la création d’une année propédeutique pour l’ensemble du système de l’enseignement supérieur, donc autonome par rapport à l’Université.

    • Je préconise à ce propos trois mesures qui sont reliées entre elles : a) l’orientation obligatoire des étudiants à travers les prérequis disciplinaires ; b) l’introduction, entre le baccalauréat et l’enseignement supérieur, d’une année propédeutique, pour les étudiants ne disposant pas des prérequis disciplinaires ; c) la faculté offerte aux étudiants de capitaliser selon un calendrier personnalisé, approuvé par l’équipe pédagogique, les crédits nécessaires, mais sans aucune compensation.
    • Le système des bourses devrait être adapté à cette réorganisation.

    Cadre et modalités des propositions

    1. Prérequis

    a)    L’orientation obligatoire des étudiants devrait se faire à travers la prise en compte des « compétences disciplinaires acquises ». Ces compétences devraient être fixées par les équipes pédagogiques dans le respect de l’autonomie universitaire et en fonction des attendus de chaque diplôme. Elles devraient pouvoir être évaluées à partir du parcours de la dernière année de lycée et des notes du Bac. Autrement dit, la compensation ne peut pas garantir l’acquisition des compétences disciplinaires. Une note de 16/20 dans une option peut compenser une note de 7/20, par exemple, en mathématiques, mais elle ne permet pas d’acquérir les connaissances et les compétences que seule la moyenne effective dans la discipline concernée peut raisonnablement garantir.

    b)   Les notes concernant les disciplines qui font l’objet des prérequis doivent donc être intégrées dans l’algorithme, que l’on pourrait par exemple renommer Soumission de Préinscription aux Études Supérieures (SPES). Cela donnerait lieu à deux typologies d’étudiants souhaitant poursuivre les études supérieures : 1. Lorsque la moyenne des notes concernant le domaine disciplinaire choisi par l’étudiant est supérieure ou égale à 10/20, SPES pourrait procéder à une admission provisoire, qui devra être validée par une équipe pédagogique universitaire, en tenant compte, entre autres, du nombre d’inscrits maximal fixé par l’université pour chaque filière et des attendus spécifiques à la filière ; 2. Lorsque la moyenne des notes disciplinaires concernées par les prérequis est inférieure à 10/20, ou lorsque l’étudiant est issu d’une filière qui ne lui a pas permis d’acquérir les prérequis demandés (ex. : un bachelier littéraire voulant s’inscrire en Mathématiques ou un bachelier technologique voulant s’inscrire en lettres modernes), SPES orienterait l’étudiant vers une année propédeutique spécifique qui devrait lui offrir la possibilité soit a) d’obtenir des résultats susceptibles de lui permettre l’inscription à l’université ; soit b) une réorientation vers d’autres filières de l’enseignement supérieur (BTS, IUT, etc.) ; soit c) une insertion dans le monde du travail à travers la formation en apprentissage.

    2. Année propédeutique

    a)    L’année propédeutique constituerait donc à la fois un lieu de formation et de remédiation disciplinaires et un sas de réorientation, voire un instrument de professionnalisation. Elle se ferait dans le cadre d’écoles propédeutiques et donnerait accès, selon les procédures en vigueur à l’ensemble des filières de l’enseignement supérieur (en tenant compte, bien entendu, des procédures spécifiques de sélection).

    b)   L’année propédeutique serait organisée en deux semestres. Lors du premier semestre, elle devrait offrir aux étudiants une formation conforme à leurs vœux et aux prérequis demandés par la filière de leur choix. Lorsque le premier semestre n’est pas validé, l’étudiant serait réorienté au début du second semestre soit 1) vers une formation propédeutique à une autre filière (en conformité avec ses desiderata) ; soit 2) vers une formation en apprentissage.

    c)   Les écoles propédeutiques proposeraient donc un ensemble de formations disciplinaires tout en permettant à l’intersection des deux semestres des passerelles et des réorientations.

    d)   L’introduction d’une année propédeutique aurait aussi l’avantage de permettre dès la rentrée prochaine l’orientation par les prérequis, puisqu’un étudiant actuellement en première ou en terminale ne se verrait pas interdit l’accès à une filière pour laquelle il n’aurait pas les prérequis en raison d’un choix fait avant l’entrée en vigueur de la réforme. Elle permettrait en outre l’inscription d’étudiants étrangers, pour lesquels l’identification des prérequis serait souvent problématique, et l’admission de salariés souhaitant recevoir une nouvelle formation et ne disposant pas des prérequis demandés.

    e)   L’inscription aux écoles propédeutiques devrait être gratuite. Le financement de l’année propédeutique pourrait être assuré par une légère augmentation des droits d’inscription pour les étudiants non boursiers. On pourrait introduire trois taux progressifs de droits d’inscription : 500 €, 1 000 €, 1 500 € (déductibles du revenu imposable des foyers fiscaux).

    f)    La création d’une année propédeutique implique une réorganisation complète des moyens budgétaires et pédagogiques destinés à l’enseignement supérieur. L’année propédeutique ne pourrait en effet produire des effets positifs que si les étudiants qui y sont inscrits (compte tendu du taux d’échec actuel, des décrochages précoces et de l’orientation des bacheliers professionnels et technologiques vers le IUT et les BTS, on pourrait prévoir quelque 50 000 bacheliers, dont la moitié seraient des étudiants issus de la filière généraliste) bénéficient d’un encadrement pédagogique quantitativement et qualitativement comparable à celui des classes préparatoires.

    3. Du « Contrat de réussite » au « Projet didactique personnalisé » et au « Compte crédits capitalisés »

    a)    À la place d’un « contrat de réussite », dont les participants au groupe de travail ont relevé de manière quasi unanime les risques et la formulation problématique, on devrait encourager la responsabilisation didactique des étudiants, qui favoriserait également leur maturation pédagogique.

    b)   Les étudiants inscrits dans les écoles propédeutiques devraient pouvoir valider avec l’équipe pédagogique un « Projet didactique personnalisé » les engageant à suivre en cas de non validation du premier semestre les différents parcours de la réorientation (cf. supra 2. b).

    c)   Les étudiants admis aux études supérieures devraient pouvoir valider avec l’équipe pédagogique un « compte crédits capitalisés » leur permettant de construire un plan de formation adapté à leur parcours précédent, à leur motivation et à leurs aptitudes.

    d)   Il faut pour cela procéder à la suppression de la compensation, véritable aberration pédagogique et didactique, et introduire une capitalisation personnalisée des crédits, qui serait d’ailleurs davantage conforme aux accords de Bologne. Il s’agirait d’offrir à tous les étudiants la possibilité de capitaliser les crédits liés aux UE selon un calendrier personnalisé, approuvé par l’équipe pédagogique.

    La capitalisation personnalisée des crédits serait donc possible en Licence selon des rythmes pouvant aller de 4 à 10 semestres (par rapport aux 6 semestres actuels). Les droits d’inscription pourraient être les mêmes lors des 6 premiers semestres, ils pourraient augmenter progressivement lors des semestres successifs.