Tribune

  • « Chronique “rétrograde” d’une reforme progressiste (la sélection virtuelle et le Master remédiation) », par Claudio Galderisi

    Date: 26 septembre 2016 | Catégories: Tribune

    Il suffirait de relire les communiqués de QSF des cinq dernières années pour mesurer la quantité et la dangerosité des réformes et projet de réformes qui ont encore plus abaissé le prestige et l’attractivité de l’université française. La dernière en date paraît porter le coup de grâce à nos facultés.

    Le projet de loi sur le Master qu’annonce la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Mme Najat Vallaud-Belkacem, prévoit l’abolition pure et simple de toute sélection en Master.

    Or la question de la sélection en Master est tellement complexe et les événements qui se sont succédé dans les derniers mois si nombreux et apparemment si confus, qu’il paraît difficile de s’y retrouver et de comprendre les positions et les postures des uns et des autres.

    Une chronique de ces dix derniers mois peut aider à mieux saisir la logique interne de ces événements. Elle peut faire apparaître plus clairement les tenants et les aboutissants de cette dernière réforme universitaire. S’agissant d’une chronique faite par un tenant de la sélection à l’université, elle ne pourra être selon le mot de la ministre que rigoureusement « rétrograde ».

    Bref historique

    Mai-Juin 2007. Le projet de la loi LRU, dite loi Pécresse, prévoit d’instaurer la sélection à l’entrée du Master. Le président de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) de l’époque obtient du Président de la République le retrait de ce volet de la loi, contre l’avis de la ministre. Les historiens s’interrogeront peut-être un jour sur les raisons qui ont pu pousser un Président de la République de droite à peine élu à céder aux requêtes d’une association  d’étudiants qui se situe à l’opposé de l’échiquier politique. Le texte de loi est ainsi modifié, ne prévoyant plus qu’une sélection entre le Master 1 (M1) et le Master 2 (M2). Les gouvernements qui se sont succédé depuis 2007 ont cependant« oublié » de publier le décret d’application concrétisant les modalités de cette sélection, ne voulant sans doute pas rouvrir un conflit avec la toute-puissante UNEF.

    2015. Plusieurs étudiants n’ayant pas été admis en M2 après avoir obtenu leur année de M1 présentent des recours devant les tribunaux administratifs leur donnent raison parce que les universités se fondent sur un arrêté de 2002 qui ne peut pas régir la situation juridique postérieure à la loi LRU de 2007.

    2016 : De la sélection en Master au droit d’être admis en Master 

    10 février 2016. Le Conseil d’État rend ce qu’on appelle un avis contentieux, qui produit l’effet d’une bombe dans le monde universitaire, mais qui n’est que la conséquence juridique logique du vide laissé par les gouvernements successifs. Le Conseil d’État confirme la position des juges qui ont enjoint les universités d’inscrire les étudiants en M2. Il précise que la sélection à l’entrée de la deuxième année de Master est illégale sans la publication d’un décret d’application de la loi. Le gouvernement se fait taper sur les doigts en raison de son inertie réglementaire …

    17 février. La ministre déclare devant l’Assemblée nationale : « Vous pouvez compter sur moi pour vous assurer que [la] liste [des formations relevant du deuxième cycle pouvant faire l’objet d’une sélection] sera très limitative […] La sélection, profondément rétrograde, s’oppose à la démocratisation et au renouvellement de nos élites, mais s’oppose aussi frontalement à ce qui fait la force de notre enseignement supérieur. » Elle ajoute : « Je n’ignore pas les difficultés de l’enseignement supérieur. Mais je ne crois pas que nous les surmonterons en revenant à d’anciennes lubies ».

    18 février. Quatre présidents d’université (Pierre et Marie Curie, Paris IV Sorbonne, Paris Sud et Toulouse I Capitole), mécontents d’être taxés de rétrogrades demandent une sélection assumée, avec des « critères publics, objectifs et opposables ». La Conférence des présidents d’université (CPU) emboîte le pas dans un communiqué daté aussi 18 février, dont voici un extrait qui, par-delà les aspects formels et linguistiques, aurait pu être tiré d’un communiqué de QSF : « Refuser la sélection à l’entrée des formations, c’est laisser se mettre en place une sélection par l’échec au détriment de l’intérêt des étudiants. Au contraire, une sélection organisée et ordonnée est la garantie de la qualité des formations, de la réussite des étudiants et d’une bonne insertion professionnelle, participant ainsi à l’insertion et à l’ascension sociale des étudiants et à une véritable démocratisation de l’enseignement supérieur ». Qualité de la science française (QSF) saluera d’ailleurs cette position claire dans son communiqué du 20 avril (http://www.qsf.fr/2016/04/20/communique-sur-la-selection-a-lentree-des-masters-2/). La position de la CPU fait cependant apparaître « une forme d’incohérence intellectuelle. Si les prérequis disciplinaires paraissent indispensables pour pouvoir accéder au Master, pourquoi ne le seraient-ils pas à l’entrée en Licence ? Pourquoi l’orientation sélective serait admise dans un cas et pas requise dans l’autre, alors même qu’elle pourrait sauver de l’échec un nombre de jeunes bien supérieur par rapport à ceux qui votent pour le principal syndicat des étudiants ? ». C’est ce que je m’efforce de rappeler dans une tribune publiée le 9 mars dans Conversation France (http://www.qsf.fr/2016/03/10/les-universitaires-des-gendarmes-et-des-retrogrades?-par-claudio-galderisi/). Ce parallélisme entre Licence et Master est au cœur du raisonnement de la ministre qui en instituant un nouveau droit pour les étudiants diplômés de Licence de s’inscrire en Master ne fait que pousser à l’extrême la logique du droit reconnu à tout bachelier de pouvoir s’inscrire en Licence. D’un droit à l’autre, il n’y a qu’un pas, que la ministre franchit allègrement, la plupart des universitaires n’ayant pas eu le courage d’inverser le principe en réclamant une sélection à l’entrée en Licence.

    Remarque : le Secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, M. Thierry Mandon, ne semble pas être sur les mêmes positions que sa ministre de tutelle et paraît bien plus ouvert au principe de sélection en Master.

    Mars-avril. Obligé par un calendrier universitaire contraint, la rentrée 2016 étant alors imminente, et confronté à la résistance importante de la grande majorité de la communauté universitaire, ainsi que de la CPU, le ministère lance par l’intermédiaire de la Directrice de l’enseignement supérieur une concertation avec toutes les universités. Le ministère demande notamment de réfléchir dans l’urgence à une liste limitative de mention de Master sélectives. La manœuvre est habile car elle permet de respecter l’autonomie des universités tout en laissant aux universitaires le choix hamlétique et suicidaire d’opérer une discrimination entre les mentions. Certaines composantes universitaires décident d’ailleurs de ne pas se lancer dans un tri qui peut ressembler à une forme d’autocensure.

    20 avril. QSF publie un communiqué dans lequel l’association rappelle que les admissions en Master ne devraient être prononcées qu’après examen par les responsables des filières concernées. QSF souligne également « que l’autonomie des universités restera vide de sens si elle n’inclut pas la liberté de fixer, dans le cadre réglementaire qui s’impose, les conditions d’accès à telle ou telle des formations universitaires. » QSF estime que « c’est à l’entrée de la première année du master que l’examen des candidatures devrait intervenir, les étudiants devant pouvoir poursuivre leurs études en M2 dès lors que leur première année a été intégralement validée. (http://www.qsf.fr/2016/04/20/communique-sur-la-selection-a-lentree-des-masters-2/)

    25 mai. Le ministère publie un décret autorisant une partie des formations de Master à opérer une sélection entre le M1 et le M2. La liste de ces formations est jointe au décret. Elle pourra être actualisée régulièrement. La situation est très contrastée d’une discipline à une autre, mais parmi les 42 % de formations sélectives, la grande majorité se trouve en droit et en économie, secteurs où il y a une véritable attractivité des M2 en raison de leurs débouchés professionnels.

    27 mai. Une délégation de QSF est reçue par l’un des membres du cabinet de la ministre qui annonce qu’un projet de loi sur la sélection en Master sera proposé à l’automne et sera soumis au vote de l’Assemblée en janvier 2017, de façon à ne pas rentrer en conflit avec le calendrier de la campagne électorale présidentielle ! Le projet, nous dit-on, devrait favoriser un meilleur accès au Master, notamment à travers la création d’un portail national des mentions de Master avec la présentation de leur offre. Il devrait surtout prévoir l’instauration d’une sélection à l’entrée du Master. Le président et le vice-président de QSF affirment qu’ils soutiendront une telle initiative, même s’ils pensent que l’UNEF et certains syndicats y seront farouchement opposés. À leur grande surprise, ils entendent alors prononcer des propos très fermes et très critiques au sujet des positions démagogiques de l’UNEF. Le représentant du ministère affirme ne pas craindre la réaction de l’UNEF et son pouvoir d’interdiction.

    Nota bene : Nous sommes alors dans les jours où l’opposition à la loi dite El Khomri bat son plein, notamment grâce à la mobilisation des étudiants de l’UNEF et des lycéens. L’UNEF est alors clairement rangée parmi les organisations se classant à la gauche de la gauche et dans l’opposition au gouvernement.

    Août 2016. En pleines vacances, deux ordonnances des tribunaux administratifs de Bordeaux (2 août) et de Montpellier (26 août) accueillent deux recours d’étudiants non admis en M2 dans une des 1 304 mentions de Master sélectives. Il en ressort que les universités concernées n’ont pas appliqué correctement le décret du 25 mai, prévoyant notamment que soit « préalablement fixé[e] la capacité d’accueil dans cette formation et défini les modalités d’examen des dossiers des candidats ». C’est donc sur le fondement de ce le décret du 25 mai que les décisions de refus sont déclarées illégales, ce qui signifie que le décret est donc reconnu parfaitement conforme à la loi. Mais très vite l’amalgame est fait entre le recours accueilli et les raisons qui ont conduit les deux tribunaux à émettre leurs jugements. La confusion est propice à une nouvelle charge contre la sélection, qui serait donc à nouveau illégale …

    9 septembre. Le sénateur socialiste Jean-Léonce Dupont présente un projet de loi prévoyant clairement le principe de la sélection à l’entrée du Master.

    11 septembre. Mme Najat Vallaud-Belkacem déclare dans une interview publiée dans Les Échos du 11 septembre qu’une nouvelle loi et un nouveau décret seraient bientôt adoptés, pour une mise en œuvre à la rentrée 2017. Selon elle, les universités pourraient bien recruter en M1, mais tout étudiant diplômé de Licence aurait le « droit » désormais de poursuivre ses études. La nouvelle procédure de recrutement à l’entrée en Master garantirait selon la ministre l’élévation du « niveau de qualification des jeunes ». Certains « décryptages » dans la presse laissent entendre que la sortie de la ministre serait liée aux difficultés que rencontre l’application sur le terrain de sa réforme du collège. Le débat sur la sélection permettrait d’occulter les résistances d’une large partie des enseignants du collège et ferait oublier la grève du 8 septembre. QSF attend surtout une réaction ferme de la CPU, mais contrairement à ce qui s’était produit en février et mars derniers, les présidents d’université semblent étonnement silencieux.

    16 septembre. QSF demande à être reçu par la ministre, pour faire entendre un son de cloche différent et soutenir ceux qui, à l’intérieur du cabinet de la ministre et au ministère, semblent défendre la sélection à l’entrée du M1. Le cabinet répond par retour de courrier, expliquant que la ministre n’a pas prévu de recevoir toutes les associations d’universitaires, laissant ainsi entendre que cela peut s’expliquer par la place marginale de QSF. Ce qui n’est pas tout à fait vrai, car lors des dernières élections du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER), QSF talonnait le Syndicat générale de l’Éducation nationale (SGEN) dans le collège des professeurs d’université, avec plus de 22 % des voix. Le cabinet propose une rencontre, qui aura lieu le 4 octobre prochain.

    19 septembre. Le CNESER examine le rapport du comité de suivi du Master. Ce rapport prévoit entre autres des « procédures de recrutement positionnées à l’entrée dans le cycle », le « respect du droit d’un étudiant titulaire d’une licence d’accéder à une mention de master », la définition par le ministère des « critères examinés par le jury d’admission » et enfin « un accompagnement à la mobilité géographique des étudiants » (p. 8-9). Ces préconisations sont clairement contradictoires, comme le souligne d’ailleurs le rapporteur lui-même (p. 9), et montrent comment le comité de suivi se fait l’écho des remarques et critiques de la communauté tout en tenant compte des desiderata ministériels.

    20 septembre. Fidèle à son image et à sa tradition, le CNESER approuve une motion sur la sélection en Master, qu’il serait réductif de définir scandaleuse, et qui confirme que les représentants des syndicats d’enseignants qui y siègent sont pour la plupart soumis aux diktats de l’UNEF, dont un certain nombre d’entre eux sont issus, et qui représente leur surmoi. Voici un extrait de cette motion UNEF-FSU-SGEN, qui se passe de tout commentaire :

    « En cette rentrée universitaire, le CNESER réaffirme sa volonté de favoriser l’accès au cycle Master au plus grand nombre d’étudiant.e.s dans le but de démocratiser l’accès à l’Enseignement Supérieur et élever le niveau de qualification de nos concitoyen.ne.s. Dans la poursuite des travaux effectués par le CSM, le CNESER revendique que tout étudiant.e ayant validé sa licence puisse poursuivre, de droit, ses études dans une mention de master compatible avec celle de sa licence. Par cette revendication, le CNESER s’oppose fermement à la proposition de loi déposée par le sénateur Jean-Léonce Dupont le 9 septembre. […] Le CNESER s’oppose à toute forme de sélection entre le cycle Licence et le cycle Master comme au sein du cycle Master. Il exige du gouvernement les moyens humains et matériels nécessaires pour faire face au sous-encadrement afin d’accueillir convenablement des étudiants et garantir la cohérence pédagogique de la formation des masters, tout au long de leurs 4 semestres, par le rôle structurant de la formation à et par la recherche, en M1 comme en M2. »

    Seuls QSF et la SNCS-UNSA ont voté contre. SupAutonome-FO a refusé de prendre part au vote… Beaucoup d’eau a couru sous les ponts des syndicats entre avril et septembre 2016, et les élections approchent pour tous.

    21 septembre. Le Monde daté du 22 septembre publie une tribune du président de la CPU, Jean-Loup Salzmann, intitulée de manière aussi prometteuse que trompeuse : La sélection à l’entrée du master est indispensable à l’université. M. Salzmann, après avoir souligné que « L’entrée en master doit reposer, d’un côté, sur un projet personnel et professionnel réfléchi du candidat et, de l’autre, sur une équipe pédagogique qui établit les prérequis et les capacités d’accueil pour telle ou telle formation, mais qui joue également son rôle d’accompagnement pour orienter les candidats et les aider à construire leur projet », conclut en affirmant pratiquement le contraire. Voici deux extraits : « D’un point de vue individuel, pour aider les titulaires du diplôme national de licence qui n’obtiendraient pas satisfaction dans leur souhait initial d’entrée en master, les universités sont prêtes à s’impliquer dans un projet d’accompagnement au côté de l’État pour proposer une autre poursuite d’études, une mobilité ou une insertion professionnelle réussie. » Le président de la CPU ajoute : « Il nous semble que le recteur de région académique pourrait jouer ce rôle de favoriser la poursuite des études]. Il devrait pouvoir offrir, en accord avec les universités, aux étudiants titulaires du diplôme national de licence et qui n’ont pas été retenus dans les masters où ils ont postulé, une poursuite d’études avec, quand cela est possible, une proposition dans le domaine de leur licence et dans leur région académique. Une aide à la mobilité devra être, le cas échéant, accordée. » Le président de la CPU fait donc siennes les préconisations du comité de suivi du Master, allant jusqu’à imaginer qu’une instance partiellement extérieure décide où et comment les étudiants recalés par les uns devront être admis par les autres. Un communiqué du SGEN, quelques jours plus tôt (le 15 septembre), proposait la création de « commissions régionales » destinées à arbitrer les cas des étudiants recalés-admis. Un syndicat d’enseignants-chercheurs proposait donc de renoncer à l’autonomie huit fois centenaire de la ‘juridiction´ universitaire.

    « Though this be madness, yet there is a method in’t » 

    Lorsqu’on relit ces événements avec le minimum de recul que permettent les quatre jours séparant le dernier rebondissement de la présente chronique, on s’aperçoit que certains d’entre eux illustrent une volonté d’abord dissimulée, puis de plus en plus manifeste, de profiter de l’occasion pour poursuivre l’œuvre systématique de secondarisation de l’université française.

    On comprend surtout que Mme Vallaud-Belkacem avait fait semblant de reculer en avril dernier, lorsque la rentrée académique trop proche rendait impensable un passage en force. Cela lui laissait le temps de mieux rebondir en septembre, au moment où le calendrier politique et électoral crée les conditions d’un rassemblent “de raison”. Elle a pu le faire grâce à la complicité attendue de l’UNEF, mais aussi en comptant sur le changement de cap de certains syndicats d’enseignants-chercheurs auxquels l’échéance électorale imminente a dû rappeler qu’ils appartiennent à un camp politique plutôt qu’à un autre. Elle a aussi bénéficié de l’appui de circonstance de la CPU, qui, craignant sans doute les blocages des universités, espère pouvoir sauver le bébé de la sélection en buvant jusqu’à la lie l’eau du bain de la prétendue « démocratisation des diplômes du supérieur ». La ministre poursuit ainsi plusieurs objectifs à la fois : elle est cohérente avec son idéologie égalitariste et son refus de la sanction didactique (du collège jusqu’au Master), du moins dans l’enseignement public ; elle rassemble le camp des progressistes, que la loi El Khomri avait dangereusement mis en pièces, en récupérant au passage l’UNEF ; elle divise les enseignant-chercheurs en poursuivant l’idéal de l’élévation du niveau culturel et scientifique, dont l’universitaire, qui est aussi un bon citoyen, aura le plus grand mal à montrer le caractère démagogique et contre-productif ; elle peut vanter une nouvelle réforme progressiste alors que tous les observateurs politiques prophétisaient l’immobilisme dans cette année préélectorale ; elle pourra revendiquer, enfin, d’avoir fait progresser les statistiques des diplômés tout en mettant en exergue la création de quelques centaines de postes supplémentaires dévolus à cette nouvelle étape de la réussite pour tous. De la méthode et du suivi dans les idées.

    Postille(s) à la chronique

    Fin janvier 2017 (1). Après deux mois de débat, et malgré la résistance de quelques parlementaires de la majorité, dont le sénateur Jean-Léonce Dupont qui avait déposé un projet de loi courageux le 9 septembre 2016, la nouvelle loi est approuvée. La reforme rentrera en vigueur en septembre 2017. Les universités seront définitivement en France le lieu de la réussite pour tous. Les Grandes-Écoles et Sciences-Po, dont la ministre est issue, se chargeront de former les élites scientifiques, culturelles, politiques et médiatiques, en attendant qu’elles soient les seules à pouvoir dispenser le grade de docteur.

    Fin janvier 2017 (2). Depuis deux mois les universités sont bloquées par les enseignants-chercheurs et par une majorité d’étudiants non syndiqués. Professeurs et étudiants sont tous indignés de constater que le projet de loi ignore le mérite, institue un parcours de Master parallèle (appelé « Master réussite » ou « Master jeune », en souvenir du CPE …), dévalorise le diplôme de Master et méconnaît définitivement la liberté d’évaluation des enseignants-chercheurs. Pour la première fois les universitaires sont prêts à aller jusqu’au bout de leur résistance, en imaginant si nécessaire, et avec le soutien de la plupart des étudiants, une grève des notes et un blocus des jurys de Licence. Un grand nombre de députés et sénateurs de la majorité, très inquiets à l’approche des élections, demande à la ministre de retirer son projet de loi.

    Le Président de la République animé par un esprit de concorde républicaine et d’apaisement suspend sine die l’examen du projet de loi, dans l’espoir d’être lui-même trois mois plus tard “recalé-admis” à l’élection présidentielle.

     

  • « Réponse à Rémy Libchaber : l’université française : pourquoi la crise et comment la refondre  », par François Vatin

    Date: 16 septembre 2016 | Catégories: Tribune

    Je partage nombre des constats et analyses formulés par Rémy Libchaber : les universitaires français se sentent, à raison, négligés par les pouvoirs publics ; ceux-ci ne conçoivent l’université que comme un instrument de régulation des flux qui sortent des lycées ; la sélection précoce par le système classes préparatoires/grandes écoles ne laisse pas de place à la lente maturation intellectuelle que permet la formation universitaire, ce qui appauvrit considérablement les élites françaises ;  quant au système universitaire proprement dit, il est arrivé à un point de saturation critique, dont les pouvoirs publics, habitués qu’ils sont depuis des décennies à son fonctionnement chaotique, n’ont pas pris la juste mesure. Lire la suite »

  • « Une crise universitaire nouvelle ? », par Rémy Libchaber

    Date: 16 septembre 2016 | Catégories: Tribune

    Depuis 68, l’Université vit dans les ruines causées par le mois de mai — ce séisme qui a modernisé la société française mais abattu son université ; ces campements précaires sont à présent menacés. Cette crise universitaire de longue durée a donné lieu à des analyses diverses sur lesquelles on ne reviendra pas ; on se bornera à examiner les difficultés du jour, celles que suscite l’afflux actuel des étudiants, qui persiste depuis quelques années sans réaction d’aucune sorte. D’où le sentiment de relégation de l’institution, de déclassement par rapport aux Grandes Écoles — celles qui donnent lieu à un concours national, que l’on ne confondra pas avec les “petites écoles” qui ont récemment fleuri et servent de miroir aux alouettes pour les désirs de progression sociale. Si l’on se concentre sur cette confrontation, c’est parce que les deux systèmes ont vocation à faire émerger et façonner des élites sociales, mais sont très inégalement traités. D’un côté, les Écoles n’ont fait que stabiliser leur position de passage obligé pour les cadres de la nation ; de l’autre, l’Université éprouve un sentiment d’abandon de plus en plus prononcé, sans voir en quoi elle aurait démérité. Lire la suite »

  • « La technostructure administrative a encore frappé : un énième rapport hostile aux universitaires français », par Olivier Beaud

    Date: 15 avril 2016 | Catégories: Tribune

    https://theconversation.com/la-technostructure-administrative-a-encore-frappe-un-enieme-rapport-hostile-aux-universitaires-francais-57608

  • Deux articles sur l’Agence universitaire de la francophonie – par Claudio Galderisi

    Date: 24 mars 2016 | Catégories: Tribune

    Articles parus dans The Conversation, les 20 et 21 mars 2016

     

     

     

  • Les universitaires, des gendarmes et des « rétrogrades » ? – par Claudio Galderisi

    Date: 10 mars 2016 | Catégories: Tribune

    Beaucoup de tribunes et d’articles ont dénoncé les idéologies à la fois managériales et laxistes qui ont inspiré les deux lois, la dizaine de décrets et d’arrêtés qui ont refaçonné de fond en comble l’architecture des universités.

    Tous ces textes ont évité soigneusement de faire sauter le verrou de l’absence de sélection qui empêche les universités françaises de remplir leur mission.

    Surtout ils ont fini par sonner le glas d’un grand nombre d’établissements de l’enseignement supérieur, sans réussir ni à produire leur nécessaire autonomie académique, ni à améliorer leur attractivité et leur image ni même à simplifier le « millefeuille » des structures, auquel on a fini par rajouter deux ou trois couches supplémentaires. Lire la suite »

  • « L’université bouge encore ? Trois idées pour l’achever vraiment », par Olivier Beaud et Claudio Galderisi

    Date: 04 mars 2016 | Catégories: Tribune

    Article d’Olivier Beaud et Claudio Galderisi


    paru dans Libération, le 3 mars 2015

  • Les universités et le bel endormi. Pourquoi les humanités ont besoin du CNRS, par Claudio Galderisi

    Date: 30 janvier 2016 | Catégories: Tribune

    Réflexion critique sur la restructuration institutionnelle de l’espace de l’enseignement supérieur et le partenariat avec le CNRS.

    Bref état des lieux sur la recherche dans les disciplines des SHS, et sur le rôle que peut jouer l’INSHS dans la sauvegarde des humanités et des disciplines de l’érudition.

    Perspectives et propositions concernant la gouvernance de l’INSHS, la convergence entre CNU et CoNRS, et la protection du temps de la recherche Lire la suite »

  • Pascal Engel: « Brave New Word »

    Date: 07 janvier 2016 | Catégories: Tribune

    Alors que paraît à la Martinière un ouvrage étalant les plus belles universités du monde, nous rappelant que les universités furent des lieux de prestige et le demeurentLe Monde du 23.12.2015  relaie les idées des étudiants de l’université de Louvain. On déplore souvent la passivité des étudiants, leur manque d’imagination. Quand on lit de telles idées lumineuses pour l’avenir, on se dit que tout n’est pas perdu, et que l’espoir brille au fond du tunnel académique.

    1) Rendre les cours magistraux interactifs grâce au numérique

    Trop longs, trop théoriques, Martin pense que les cours magistraux ne sont pas très attractifs. Il propose que les professeurs interrogent les étudiants pendant le cours grâce à une application smartphone, sous forme de quiz. Le cours serait ainsi plus interactif et l’enseignant pourrait évaluer en direct les points de de son cours à éclaircir, en fonction des scores de ses étudiants.

    2) Entreprendre pour financer ses études

    Stéphanie propose d’intégrer directement dans la formation un projet d’entreprise, de recherche appliquée ou d’entreprenariat social. Application pratique et directe du cours, ce projet permettrait également aux étudiants de mettre un pied dans le monde de l’entreprise et

    3) Intégrer des Moocs (cours gratuits en ligne) dans les formations existantes

    Les MOOCs – pour « Massive online open courses » (cours en ligne ouverts à tous) – sont aujourd’hui très appréciés par les étudiants, en complément de leur formation ou comme loisir. Martin propose que l’université leur consacre des crédits ECTS, ces points permettant de valider un diplôme, comme s’ils étaient une matière à part entière, en complément des cours traditionnels.

    4) Déconstruire la semaine de cours traditionnelle

    Jean-Luc est parti d’un constat : il n’y a que dans l’enseignement que les jours et les semaines sont rythmés par des événements répétitifs. Dans le monde du travail, les employés se consacrent plutôt à une tâche pendant une période donnée, avant de passer à une autre, en bénéficiant de l’expérience acquise dans le projet précédent. Il propose donc de la même façon de concentrer les cours sur un petit nombre de matières, en petits groupes. Les étudiants pourraient alors se consacrer à quelques matières à la fois, en étant mieux accompagnés et évalués par projet.

    5) Ne pas chercher, simplement trouver

    Charles a inventé la « non-recherche » pendant un doctorat : faire une thèse de trois ans consacrée à faire de petites trouvailles concrètes et non de grandes recherches théoriques. Au lieu d’une soutenance à la fin, il propose une exposition de prototypes. Et pourquoi pas de fabriquer les meilleures trouvailles dans des fablabs.

    6) Faire des cours plus courts

    On le sait, la concentration diminue fortement après 30 minutes. Concevoir des cours de 30 à 45 minutes, plutôt que 2 heures, c’est plus de productivité, moins d’ennui, plus de concentration pour les étudiants et moins de fatigue pour le professeur, d’après Vincent.

    7) Tirer les enseignants au sort dans la population

    Dans l’Antiquité grecque, le tirage au sort était la règle pour désigner les membres de certaines institutions exécutives et juridiques. Alexandre part du principe que tout le monde dispose de connaissances à partager et propose donc d’appliquer la même méthode pour choisir les enseignants. Ils seraient tirés au sort dans la population pour un an seulement, afin de rester motivés, pourraient bénéficier d’une formation avant de proposer un cours dans leur domaine de prédilection.

    8 ) Créer des espaces de relaxation au sein de la fac

    40 % des étudiants disent avoir du mal à gérer leur stress d’après une étude parue début décembre. Aurélien imagine une université conçue pour aider les étudiants à rester zen : sièges relaxants, phéromones antistress, luminothérapie … Pour concevoir ces dispositifs, il propose même une collaboration entre étudiants en design et en architecture.

    9) Créer un camping des recalés

    Rassembler créatifs et pédagogues du monde entier plusieurs mois par an pour venir en aide aux étudiants en difficulté lors d’un camping numérique, c’est l’idée plutôt originale de Michaël. Au programme : révisions par de multiples canaux d’apprentissage, espaces de détente, lieu de rencontre avec des professionnels, coaching personnalisé, yoga et cocktails d’été.

    10) Constituer des classes intergénérationnelles

    Pour Olivier, les étudiants de 2035 auront entre 7 et 77 ans, ce qui permettra de profiter des expériences et visions de chacun, en mélangeant disciplines et classes d’âge. La fac deviendrait un lieu où les différentes générations pourraient communiquer et mieux se comprendre. »

    À la lecture de ces propositions lumineuses et inventives on se pose deux questions : a)  comment n’y a-t-on pas pensé plus tôt (par exemple quelle idée géniale de demander aux enseignants d’interroger leurs étudiants de temps en temps pour savoir s’ils ont compris le cours ! et quelle idée géniale de le faire avec un smartphone plutôt qu’oralement devant la classe !) b) pourquoi ces propositions seraient-elles utopiques puisque la plupart correspondent à des dispositifs déjà en place (par exemple les MOOCs font déjà partie des enseignements existants dans de très nombreuses universités, beaucoup voudraient les substituer aux enseignements existants, et les auditeurs libres du troisième âge sont déjà sur les bancs des universités faisant profiter les jeunes générations de leur expérience).

    Les autres dispositifs emportent aussi l’enthousiasme. Ils visent tous à modeler l’université sur les deux institutions dont jusqu’à présent elle s’est, à son grand tort, soigneusement éloignée : l’entreprise et les  loisirs. Mais là aussi les utopistes ne voient pas que ce qu’ils proposent est déjà dans la réalité : la plupart des universités américaines sont déjà des entreprises (et les MOOCs sont gérés par des plateformes privées) et c’est ce modèle qui va s’imposer partout. Aux US il y a déjà une Apple University et une (mais oui !) Hamburger University (de Mc Donald) destinées à instruire les étudiants dans les matières des firmes qui les financent, exactement sur le modèle des écoles Pullman au dix-neuvième siècle, décrites par Michael Walzer dans ses Sphères de justice (Éditions du Seuil, 1997). On attend les universités LinkdIn et Face Book, dans lesquelles on apprendra en réseau, en likant les posts  de ses friends.  On notera pourtant que si les étudiants veulent que les universités soient comme des entreprises, ils ne souhaitent pourtant pas qu’elles soient payantes. On admirera le sain idéalisme de la jeunesse européenne. La grande sagesse de ces étudiants est d’avoir compris que les universités ne peuvent plus délivrer des savoirs théoriques, livresques, généralistes. Elles doivent délivrer des savoirs pratiques, car savoir, c’est savoir-faire. Le responsable des tests PISA n’a-t-il pas dit :  « Le monde moderne se moque bien de ce que vous savez. Il s’intéresse à ce que vous savez en faire. »

    Quant aux loisirs, ils seraient en effet la contrepartie naturelle d’une vie universitaire calquée sur le monde du travail. Renchérissant sur la proposition 4) , aux accents derridiens bienvenus, on pourrait proposer d’installer, dans chaque amphi, ou à côté de chaque amphi, des salles de relaxation où les étudiants pourraient faire la sieste quand ils en ont envie. Ce serait tout de même plus confortable que de les voir dormir sur des sièges raides dans les amphis. Si l’on objecte que les étudiants seraient très nombreux dans ces salles de relaxation et qu’il faudrait pour cela de la place dont les universités ne disposent pas, la réponse est toute trouvée : avec l’usage quasi-universel des MOOCs les étudiants ne viendraient plus à l’université, sauf pour s’installer dans ces salles de relaxation. Ou bien alors ils se relaxeraient chez eux sur leurs sofas, ce qui libérerait les salles de relaxation pour ceux qui n’ont pas de sofa à domicile. Ainsi l’égalité sociale serait favorisée.

    Quant à l’idée du camping pour les recalés, elle est tout simplement admirable, car elle offre des loisirs – on pense au fameux film avec Frank Dubosc –  au lieu de punitions. Jadis on envoyait les enfants turbulents en colo ou en summer camp. Sous une tente, que n’apprend-on pas, surtout s’il y aussi des filles! On pourrait aussi nommer chefs de camp les mauvais professeurs, qui feraient ainsi de bons scouts. Le scoutisme n’est-il pas lui aussi une école de savoir-faire ?

    La proposition 5, ne pas chercher, simplement trouver, est tout aussi brillante. Comment n’y a t-on pas pensé avant ? Cela résoudrait le paradoxe du Ménon, car si l’on se contentait de trouver, il n’y aurait pas besoin de savoir ce qu’on cherche, ni même de se demander si on l’a trouvé, puisque ce serait nécessairement le cas. Pensons là encore à l’économie réalisée par l’Etat dans les pays qui ont des institutions de recherche entièrement dédiées telles que le CNRS. On pourrait le supprimer, puisqu’au lieu des chercheurs on aurait des trouveurs. Et un trouveur n’a pas besoin d’autre chose que d’un service valorisation et de dépôt des brevets. Le CNRS rétablirait son budget, et pourrait ainsi damer le pion aux universités, qui ne trouveraient rien, puisqu’elles n’auraient pas de centres de trouvaison, et se réduiraient à des MOOCs.

    De même la proposition 6, faire des cours plus courts, est très bonne. Les psychologues ont montré que l’attention span chez le jeune adulte ne dépasse pas 20 mn et qu’il suffit d’une interruption de 2 minutes (par exemple par un message reçu sur Face Book) pour que l’attention retrouvée prenne plus de 10 minutes. Les cours pourraient durer 10 à 15m, ce qui est assez bien. On pourrait, comme les Scopitone que les jeunes générations ne connaissent pas mais gagneraient à découvrir, les limiter à 2mn 35. Comme nous avons affaire à des digital natives, écouter trois scopitone à la fois en MOOCs devrait être un gain de temps et d’attention, permettant de se livrer à d’autres activités (par exemple faire son mail, répondre sur les réseaux sociaux, ou dormir). Quant aux professeurs, quel gain de temps ! Avec des cours de 2 à 10 minutes, ils passeraient moins de temps dans les bouquins, et plus à dialoguer avec les étudiants.

    La proposition 7 est de loin la plus révolutionnaire (elle l’est d’autant plus qu’elle rappelle aux plus anciens parmi nous la Révolution culturelle du président Mao). On tire bien au sort les jurys populaires pour des décisions autrement plus importantes que celles d’apprendre les mathématiques ou la géographie, alors pourquoi pas les professeurs ?  Mais on peut objecter deux choses. L’une est qu’on ne peut pas être sûr, même quand il s’agit de demander son chemin dans la rue ou de trouver un bon plombier, que la première personne prise au hasard dans la rue, fera l’affaire , et il n’est pas évident que cela pourra se faire en économie des entreprises ou en gestion. Le remède ici, ce sont les MOOCs : n’importe qui peut devenir très fort en égyptologie avec un MOOC, donc pourquoi pas en gestion financière ou en histologie?  L’autre objection est que cette mesure est inutile car elle est déjà en œuvre. Les conditions dans lesquelles les enseignants d’université sont nommés ne sont-elles pas le produit du hasard  à au moins 90% ? D’abord du déterminisme social, puisque 80% des fils d’enseignants et de la bourgeoisie font des études supérieures. Or c’est le hasard qui les fait naître dans classes aisées. Donc s’ils occupent les postes universitaires, c’est encore par hasard, exactement comme c’est par hasard que les retraités se retrouvent tous sur des bateaux de croisière ou les acteurs dans des villas à Beverly Hills. Ensuite, quiconque a fréquenté le CNU et les commissions chargées de nommer les professeurs sait que les résultats ne sont pas meilleurs que si on les tirait au hasard. Raymond Aron ne rappelait-il pas dans ses Mémoires  que les nominations à la Sorbonne dépendaient souvent du fait que tel enseignant était allé aux toilettes ou déjeuner pendant un vote ?  Cette proposition ne ferait que rétablir ce qui existe déjà, et elle ferait faire des économies au Ministère et à toutes les associations, qui, comme QSF, se fatiguent à proposer des candidats au CNU ou à s’occuper de la qualité et de la justice  du recrutement universitaire.

    Enfin, de telles mesures, si mises en œuvre complètement, auraient un immense avantage: elles libéreraient ces plus belles universités du monde, qui pourraient devenir des lieux touristiques ou des hôtels de luxe. Je ne dormirais pas à Stanford ou dans la Sorbonne, mais  cela ne me déplairait pas de le faire à Bologne ou Salamanque.

     

  • « La secondarisation de l’université est enfin achevée. De la réussite pour tous au “diplôme aidé” », par Claudio Galderisi

    Date: 30 septembre 2015 | Catégories: Tribune

    « Non habemus hic manentem civitatem ». Ces mots célèbres que l’on trouve dans la Lettre aux Hébreux ont sans doute inspiré les politiques universitaires des dernières années. Les ministres qui se sont succédé ont dû considérer que le sort de l’université était scellé, qu’aucun gouvernement n’oserait plus défier le pouvoir de veto des syndicats des étudiants. “Non habemus hic manentem universitatem”, ‘notre université définitive ne se trouve pas sur cette terre’ est ainsi devenue leur credo, aussi inavouable que reconnaissable dans tous les décrets, arrêtés et lois qui ont pierre après pierre démonté l’édifice de l’université française. Le dernier rapport de la Stratégie nationale de l’enseignement supérieur propose de poursuivre avec une persévérance diabolique l’œuvre de “secondarisation” de l’université française. L’université aurait désormais pour principale mission de diplômer 60 % d’une classe d’âge. La ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche le recommande au Président de la République, qui, venu inaugurer l’année universitaire à l’université Paris-Sud de Saclay, en a fait aussitôt l’objectif stratégique. Ite, missa est. Lire la suite »