Tribune

  • « Loi Fioraso: un chèque en blanc à l’anglais » par Antoine Compagnon

    Date: 21 juin 2013 | Catégories: Tribune

    Article publié dans le Figaro du 18 mai 2013

    Passons sur Proust et les cinq pelés qui se retrouveraient pour parler de lui si les universités françaises ne basculaient pas à l’anglais. Mme Fioraso dit que c’était une plaisanterie. Drôle d’humour de galérien, tout de même, chez une ministre qui voulait promouvoir son projet de loi ! Et la blague a si bien pris qu’on ne parle plus que de ce fameux article 2 au détriment de tous les autres, lesquels ne sont pourtant pas sans diviser les universitaires. Ce débat public n’en est pas moins bienvenu, touchant à un point justement sensible de la dignité nationale : la place de la langue française en France.

    Je ne suis pas contre tout enseignement en langue étrangère, à condition que le cadre en soit clair. Aujourd’hui, la loi Toubon n’est pas respectée. Des universités et de nombreuses grandes (et moins grandes) écoles, l’ignorant superbement, donnent de plus en plus de cours en anglais. On nous dit qu’il s’agit de régulariser cet état de fait et l’on tente de nous rassurer en annonçant des décrets d’application qui limiteront l’usage des langues étrangères. Mais nous ne savons rien de ces décrets. Et seront-ils plus respectés que la loi Toubon ? L’article 2, à ce stade, est un chèque en blanc à l’anglais. Lire la suite »

  • Les MOOCS : Cours massifs ou armes de destruction massive ? par Pascal Engel

    Date: 24 mai 2013 | Catégories: Tribune

    Un nombre croissant d’universités, principalement aux Etats Unis – mais peu encore en Europe (EPFL, Genève, Munich, Edinburgh, Amsterdam) – se sont lancées dans les MOOCs (massive online open courses, en français cours massifs en ligne libres « CMELL », mais à ce jour, seuls trois établissements francophones ont des MOOCscs[1]). Comme on sait,il s’agit de cours en ligne sous la forme de séries de podcasts, « gratuits et accessibles à tous », promettant, au lieu du cours ex cathedra en « présentiel » une « pédagogie participative » en « virtuel » autorisant « des exercices, des quizz en ligne, l’auto -évaluation par les pairs, et des forums ». Depuis que ces cours ont été proposés par diverses universités américaines pionnières (Stanford, Harvard, MIT, etc.), puis se sont étendus aux autres, ils ont connu un immense succès, attirant sur la toile des centaines de milliers d’étudiants du monde entier et, du même coup, l’appétit des investisseurs. Les arguments en faveur des MOOCSsne manquent pas. Ils vont, nous dit-on, étendre les campus virtuels à l’échelle mondiale et permettre aux étudiants des pays les plus défavorisés d’avoir accès à l’enseignement supérieur. On vante leur caractère démocratique – alors qu’il faut un diplôme et payer des droits pour s’inscrire à l’université, les MOOCS seraient ouverts et gratuits – et leur pédagogie novatrice – le professeur n’a plus qu’un rôle secondaire d’incitation à la discussion, les étudiants font le reste – ainsi que leur commodité pour le professeur, qui peut à présent se consacrer à l’ « animation de petits groupes » et « à la recherche ». Qu’en est- il en réalité ?[2] Lire la suite »

  • « Un amour de Mme Fioraso », par Antoine Compagnon

    Date: 21 avril 2013 | Catégories: Tribune

    Article publié dans Libération, le 3 avril 2013

    Le projet de loi Fioraso sur les universités, présenté en conseil des ministres le 20 mars, libère l’emploi des langues étrangères – de fait l’anglais – dans les cours, examens, mémoires et thèses. Cela se faisait déjà à Sciences Po, désormais le modèle des modèles, et, sans trop le dire, de plus en plus ailleurs.

    Je ne comptais pas intervenir dans le débat, conscient que mes amis scientifiques se sont convertis, bon gré mal gré, à l’anglais pour survivre : diffuser leur recherche, publier dans les revues internationales, répondre aux appels d’offre européens et même français, l’Agence nationale de la recherche (ANR) requérant, à juste raison, que les projets soient évalués par des experts étrangers. L’anglais est la langue de l’académie globale, de l’économie mondiale de la connaissance, et la France reste plutôt à la traîne, comparée à ses voisins d’Europe du Nord, d’Allemagne ou même d’Italie. Lire la suite »

  • « Dérives des universités, périls des universitaires », par Arnaud Mercier

    Date: 18 janvier 2013 | Catégories: Tribune

    Résumé: Sous les auspices de l’OCDE notamment, une vision libérale de l’enseignement supérieur et du savoir s’est imposée progressivement dans de nombreux pays développés, sous couvert de pragmatisme et d’évolutions imposées, présentées comme indispensables et évidentes. Pourtant, ces évolutions n’ont rien de naturel. Elles relèvent d’une idéologie managériale exogène aux us et coutumes universitaires, dont l’application se révèle même contreproductive. On peut alors parler de dérives pour les universités, qui mettent en péril les modes de travail des universitaires et des personnels académiques en général. Sous ces coups de boutoir, les universités se liquéfient, elles se bureaucratisent, entrent stérilement dans un esprit de compétition mal placé, de sorte qu’un sentiment d’aliénation professionnelle s’empare de plus en plus des personnels, chacun se sentant dépossédé de son outil de travail et perdant progressivement le pouvoir de définir le sens des missions de l’université. Ces dérives sont lourdes de conséquence et la qualité de la recherche et du service rendu aux étudiants ne peut que s’en ressentir. Lire la suite »

  • « “Classes prépa” et universités : des liaisons dangereuses ? », par Pascal Engel

    Date: 17 janvier 2013 | Catégories: Tribune

    Le député M. Jean-Yves Le Déaut, dans son rapport intitulé « Refonder l’Université. Dynamiser la recherche »,  et Madame la ministre Geneviève Fioraso, dans ses dernières déclarations ( Le Monde, 14.01.2013) proposent  « un rapprochement entre les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) et les universités. On annonce que  l’une des premières conséquences sera « l’inscription automatique à l’université des étudiants en CPGE ». Tout en restant dans les lycées chaque classe prépa sera rattachée à une université par une convention. Cela permettra aux enseignants de donner des cours dans les deux établissements. « Les proviseurs seront incités à  proposer à leurs élèves des cours à l’université. Les élèves de CPGE seront ainsi immédiatement initiés à la recherche » (sic).

    Le rapport du député Le Déaut  remis au Premier ministre  le 14 janvier 2013,  propose la création d’EPCS  « par convention entre les établissements et organismes fondateurs ». D’autres  partenaires, en particulier des entreprises et des collectivités territoriales ainsi que des établissements ou organismes de recherche ou d’enseignement supérieur ou de recherche non fondateurs et des lycées comprenant des classes préparatoires aux grandes écoles, peuvent y être associés (p. 42).

    Le même rapport « propose que le ministère de l’éducation nationale mette à disposition du premier cycle de l’enseignement supérieur 500 PRCE ou PRAG en plus par an pendant cinq ans, notamment des titulaires d’un doctorat». En outre, « pour remédier à la différence grade/fonction des PRAG du supérieur effectuant de la recherche », le rapport propose encore «la transformation de 300 postes de PRAG du supérieur en postes de maîtres de conférence (pour les PRAG titulaires d’un doctorat, inscrits sur la liste de qualification et publiants). Par symétrie une partie du service de cours de doctorants ou ATER ayant déjà enseigné dans le supérieur pourrait être effectuée dans les lycées pour y introduire des disciplines qui, jusqu’à aujourd’hui, étaient uniquement enseignées dans le supérieur. Des enseignants-chercheurs pourraient aussi être incités à faire des conférences à propos de l’enseignement supérieur et de la recherche dans les lycées et à servir de pont entre les équipes pédagogiques des deux mondes » (p.73)  et il ajoute que  « chaque lycée ayant au moins une formation supérieure (CPGE ou STS) soit rattaché par partenariat avec un établissement d’enseignement supérieur de son académie qui effectue de la recherche ». Il termine en proposant de « subordonner les équivalences d’années entre les cours suivis en CPGE et l’Université à une double inscription des étudiants dans les lycées et dans l’enseignement supérieur. » Lire la suite »

  • « Les futures Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE): du souci à se faire … », par Pascal Thomas

    Date: 15 janvier 2013 | Catégories: Tribune

    Les discussions ont déjà commencé dans les différentes académies pour préparer les dossiers d’ESPE. Cela signifie que personne n’a attendu les derniers arbitrages et le débat parlementaire concernant la formation des professeurs des écoles, collèges et lycées, comme si le résultat final faisait peu de doute. Beaucoup d’universitaires pensent (et craignent) que les futures ESPE seront   essentiellement des IUFM rebaptisés, et dotés de pouvoirs encore plus étendus.

    Il est encore temps de réagir et de parer à ce danger. Il faut le faire en dessinant ce qu’une grande partie des universitaires juge sans doute désirable pour cette formation des enseignants du secondaire, si cruciale pour les générations à venir.

    Le nœud du problème est que nous voulons des professeurs de l’enseignement secondaire qui maîtrisent leur discipline avec  l’assurance que procure une connaissance approfondie . Il nous paraît évident que les connaissances et les compétences, en ce qui concerne ces contenus d’enseignement, se trouvent dans les départements des universités, en grande partie. Contrairement à mon collègue Bernard Julia (voir l’autre tribune publiée sur le site de QSF), je ne pense pas qu’il soit possible d’arriver à un consensus avec la CDIUFM (Conférence des directeurs d’IUFM) sur les « grands équilibres pédagogiques ».  Les directeurs d’IUFM dénoncent l’apprentissage de la discipline comme un “bachotage” et ne veulent même pas de la contribution des IPR et formateurs des rectorats… qui ont parfois des idées beaucoup plus raisonnables sur la pédagogie que certains personnels des IUFM spécialisés en sciences de l’éducation.

    Cela pose des problèmes d’organisation aigus : un des points essentiels du projet de loi est de recruter  exclusivement des candidats inscrits en MEEF (masters d’enseignement), et partant, de conférer un monopole aux ESPE, qui seront seules accréditées à les délivrer (et avec un contrôle sur leurs maquettes qui sera sans doute beaucoup moins serré que pour les habilitations de diplômes universitaires, puisqu’il se limitera à l’accréditation des ESPE).  Evidemment, certains étudiants titulaires d’un master recherche pourront se réorienter, mais ils devront probablement refaire le cursus.

    La meilleure solution, selon moi mais aussi pour beaucoup de collègues à qui j’en ai parlé, serait de concevoir  l’ESPE comme une simple structure de coordination, de façon à ce que les actuels personnels des IUFM soient répartis dans des départements universitaires correspondant à leurs compétences. Mais tout indique que cette demande, dénoncée par avance par la CDIUFM comme « ESPE coquille vide »  ne sera pas entendue ; même si les représentants du Ministère de l’Enseignement Supérieur ont transmis avec un avis négatif  lors du CNESER du 8 janvier dernier, l’amendement du SNESup qui demandait que tous les personnels des IUFM soient transférés automatiquement aux ESPE. Dans le cadre des pourparlers locaux, chacun semble tenir ce transfert pour acquis.

    Dans les faits,  et quelles que soient les prétentions du “cahier des charges” national qui s’imposera aux masters d’enseignement, ce sera le programme du concours qui orientera les efforts des étudiants.  Le but affirmé des partisans de la réforme est de découpler le contenu des masters MEEF du contenu du concours. Il est à craindre qu’on se dirige vers un système où l’obtention du master sera considérée par l’administration comme preuve de la compétence du candidat dans sa discipline, tandis que le concours ne ferait “que le recrutement”, c’est-à-dire qu’il vérifierait les aptitudes au métier de professeur.  Cela paraitrait raisonnable, si l’on faisait l’audacieuse hypothèse qu’un étudiant frais émoulu de licence maîtrise vraiment les connaissances qu’on s’est efforcé de lui transmettre. Or cette logique pourrait aboutir au résultat désastreux suivant : le concours vérifiera les aptitudes professorales (mais comment, chez des jeunes qui n’auront eu qu’une expérience très limitée des classes ?) ; le master validera des connaissances — mais lesquelles, dans la mesure où le MEEF sera entre les mains des ESPE ?  Le résultat prévisible risque d’être le suivant :  les étudiants sauront de leur discipline ce qu’ils auront gardé d’une formation  de licence conçue en réalité pour un public qui se dirige vers l’université par défaut…

    La mastérisation était une mauvaise idée, à laquelle nous nous sommes opposés, et qui a fait naître d’inextricables difficultés ; toutefois bien des masters d’enseignements tels qu’ils fonctionnent actuellement, avec une forte implication tant des universitaires (“classiques”) que des personnels IUFM (et, éventuellement, des formateurs en contact avec l’enseignement secondaire) ont montré qu’ils pouvaient assurer une formation décente d’étudiants issus de cursus divers, malgré les lacunes parfois accumulées en  licence.  Le nouveau schéma ne peut guère apaiser nos inquiétudes. Il laisse prévoir le pire : des licences “light”,  combinées avec des  ESPE aux mains des anciens responsables d’IUFM et des concours réduits à la portion congrue. Bref, l’objectif de rendre à nouveau attractif le métier d’enseignant en le revalorisant semble contredit par les moyens mis en place pour y parvenir, qui, s’ils étaient mis en œuvre, aboutiraient à une grave dégradation du niveau des personnels recrutés pour enseigner dans les collèges et les lycées. Est-ce de cela que le pays a besoin ?

    Pascal J. Thomas, professeur de mathématiques à l’Université Paul Sabatier, Toulouse

  • « Du temps pour réussir les ESPE » par Bernard Julia

    Date: 13 janvier 2013 | Catégories: Tribune

    “Madame, Monsieur les Ministres, donnez-vous du temps pour réussir les ESPE”

    par Bernard  JULIA, élu au CNESER

    Comme lors de la création des IUFM, la précipitation risque fort de conduire à de mauvais choix. S’il est urgent de gérer les concours de recrutement (agrégations comprises) et de restaurer la confiance des candidats en leur futur employeur, il faudra énergie et persévérance pour aboutir à un consensus suffisant entre les différents acteurs de la formation des maîtres. Il faudrait également obtenir l’adhésion d’une majorité parlementaire allant bien au-delà des clivages politiques, comme pour toute réforme destinée à améliorer notre système de formation en profondeur et de façon durable.

    La partie du projet de loi de refondation de l’Ecole qui implique l’enseignement supérieur autant que l’enseignement scolaire, en particulier ce qui concerne les ESPE, ne pourra être vraiment définie et évaluée qu’après la réforme de l’enseignement supérieur. Les ESPE seront créées par arrêté au sein d’un EPCSCP ou d’un EPCS (notions susceptibles de redéfinition imminente) et leur gouvernance s’inspirera de celle des Ecoles internes des universités actuelles (organisation très floue et très instable jusqu’à la loi de programmation prévue pour Juin).

    Voici quelques points qui méritent peut-être une analyse plus approfondie:

    1/ Pourquoi ne pas attendre un consensus sur les grands équilibres pédagogiques. Les maîtres-professeurs formateurs qui assureront la formation “professionnelle” et encadreront les stages, les spécialistes des disciplines qui enseigneront les connaissances et les évalueront et les enseignants de méthodes d’enseignement et d’éducation devront se répartir le travail dans des proportions variables suivant les concours? Ils devront interagir pour effectuer leurs recherches et pour que la formation de nos futurs professeurs soit efficace. Les futurs PLP (CPE, inspecteurs) devront aussi trouver toute leur place dans les ESPE. Le passage des IUFM aux ESPE devrait donc être étalé sur deux ans au moins et suivre le rythme de l’accréditation de projets de formation mûrement réfléchis.

    2/ Comment voter cette loi sans avoir défini précisément le fonctionnement des ESPE avec leurs multiples tutelles: la tutelle biministérielle via le recteur d’académie d’une part et la tutelle universitaire (qu’on espère être une université polyvalente) de l’autre?  Chaque ESPE devra concevoir son projet de formation avec l’ensemble des universités de l’académie et contracter avec elles sa mise en oeuvre. Le poids d’un Conseil scientifique et pédagogique ramassé et prestigieux ne devrait-il pas l’emporter sur celui d’un Conseil d’administration pléthorique même si ce dernier gardait comme il se doit la responsabilité juridique. Oserons-nous réclamer de plus que les ESPE n’abritent que des enseignants en détachement, en mise à disposition ou en CDD?

    3/ Il y a tension entre Jacobins et Autonomistes, entre label national et efficacité régionale. Faire coïncider les programmes des masters MEEF avec ceux des concours de recrutement permet d’éviter qu’une trop grande proportion des diplômés de master n’échoue aux concours mais enlève à la procédure d’accréditation/habilitations une partie de son objet. Au-delà de leur fonction d’écluse les concours restent des thermomètres indispensables pour pouvoir comparer les candidats des ESPE, avec ou sans “emploi d’avenir professeur”, aux candidats venant de masters recherche. Pourquoi fixer en fin de M1 MEEF les concours de recrutement de tous les professeurs, de la maternelle au baccalauréat? Pourquoi traiter séparément les décisions sur l’avenir des agrégations, celles-ci méritent réflexion mais constituent l’un des étages importants d’une construction qui doit comprendre dorénavant la formation pédagogique initiale des futurs enseignants-chercheurs?

    Enfin, les disciplines et les ordres d’enseignement ayant des besoins spécifiques et divergents, il faut prévoir un cadre législatif très souple et différencié sans oublier l’Europe et introduire une orientation plus sélective pour aboutir à des taux de réussite décents.

  • « Le nouveau paysage universitaire parisien : réflexions sur un rattrapage encore possible » par Paolo Tortonese

    Date: 20 mai 2012 | Catégories: Tribune

    L’opinion a pris conscience cette année du fait que le paysage universitaire parisien allait être profondément modifié : le nombre d’universités situées intra muros va être réduit d’une manière drastique. Il s’agit d’une modification radicale, qui met fin à la situation produite par l’éclatement de l’université de Paris en 1969.

    Les inconvénients du découpage de l’ancienne Sorbonne sont devenus de plus en plus visibles en quelques décennies : le clivage politique a progressivement perdu son sens et la séparation des disciplines a empêché d’avoir à Paris de véritables universités pluridisciplinaires, comme on en trouve dans tous les pays. La particularité du système universitaire français, centré sur les facultés plus que sur les universités, a aussi contribué à produire, après l’éclatement de 1969, un système très fragmenté, où la plupart des universités parisiennes comprennent un nombre limité, parfois exigu, de disciplines. Cette fragmentation est nocive, car elle empêche les échanges interdisciplinaires, nécessaires à la recherche de haut niveau. Une seule université de Paris intra muros, Paris 7 ou Diderot, née en 1971, réunit un nombre large de disciplines, à la fois de sciences expérimentales et de sciences humaines et sociales.

    Quand a surgi dans l’agenda politique l’idée d’un regroupement des universités en province (Strasbourg, Grenoble, Bordeaux, Toulouse, etc.), permettant d’avoir non pas des facultés, mais de véritables universités rassemblant l’universalité des savoirs, l’exigence d’une reconfiguration à Paris, haut lieu de concentration universitaire, est devenue plus impérieuse encore. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la décision a été prise d’abord de promulguer une loi sur l’autonomie des universités, en 2007, ensuite de contraindre les universités à se regrouper. Cela a été imposé à Paris comme dans les grandes villes, et on l’envisage désormais pour des régions entières, ce qui posera des problèmes encore différents. Trois instruments ont été employés pour obtenir ces regroupements. Le premier était à la disposition du nouveau gouvernement : les PRES, inventés en 2006 par le gouvernement Villepin. Un peu oubliés pendant la phase de mise en place de la LRU, ils ont été relancés, réinterprétés et réutilisés comme des institutions assurant la transition vers de nouvelles grandes universités, par une fusion des universités actuelles. Les deux autres moyens, le plan Campus et les Idex, ces derniers surtout, ont été utilisés par les ministres Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez comme des leviers, ou des instruments de chantage, pour contraindre les universités, proclamées autonomes, à se plier au bon vouloir du gouvernement. En 2011, les présidents de Paris 2, 3, 4, 5, 6, 7, ont tous été contraints de s’engager à regrouper leurs six universités en deux seules, sous la menace pour celles-ci d’être privés de l’argent des Idex. Lire la suite »

  • « Sans sélection, l’université se dévalorise » par Olivier Beaud et François Vatin

    Date: 29 mars 2012 | Catégories: Tribune

    Entretien avec Olivier Beaud et François Vatin paru dans Le Monde du 29 mars 2012

     

    Olivier Beaud et François Vatin, universitaires du groupe des Refondateurs, s’invitent dans le débat présidentiel

    Olivier Beaud est professeur de droit public à Panthéon Assas (Paris-II) et président de l’association Qualité de la science française. François Vatin est professeur de sociologie à l’université Paris-Ouest-Nanterre. Coauteurs, avec Alain Caillé notamment, de Refonder l’université (La Découverte, 2010), tous deux veulent saisir la campagne comme lieu d’un vrai débat sur l’enseignement supérieur.

     

    Pourquoi défendez-vous une sélection à l’entrée à l’université ?

Depuis 1995, le nombre de bacheliers stagne, à l’exception des titulaires d’un bac professionnel. Or les bacheliers s’inscrivent de plus en plus dans des cursus non universitaires. Les universités ont donc vu leurs effectifs décroître, et ce sont leurs meilleurs étudiants qui sont partis. L’absence de sélection dévalorise de fait les cursus universitaires.

    En 1996, 56 % des bacheliers  » généraux  » s’inscrivaient dans une licence universitaire ; en 2008, ils n’étaient plus que 46 %, même en tenant compte des effectifs de première année de médecine et de droit qui ont explosé.

    Beaucoup ne viennent à l’université que par défaut, parce qu’ils ne sont pas admis dans les filières sélectives comme les classes préparatoires ou les IUT qui recrutent massivement des bacheliers généraux. Sans doute les sections de techniciens supérieurs (STS) recrutent-elles plus de bacheliers  » professionnels « , mais elles repoussent aussi vers les universités le public qu’elles refusent. Cette situation favorise la privatisation de l’enseignement supérieur français. En 1996, 9 % des bacheliers généraux s’inscrivaient dans des formations supérieures privées dès la sortie du baccalauréat ; en 2008, la proportion était de 17 %.

    Cette relative désaffection n’est-elle pas due au fait que les étudiants recherchent un meilleur encadrement et un enseignement qui débouche sur un emploi, ce qu’ils ne trouvent pas dans les universités ? 

Bien sûr, mais tout est lié. On ne peut garantir un accompagnement de qualité sans maîtriser ni le nombre de personnes que l’on accueille, ni leur qualité. Malgré la LRU - loi relative aux libertés et responsabilités des universités – , les universités sont encore tenues d’inscrire des étudiants sur injonction des rectorats, parfois jusqu’en décembre de l’année, alors que les cours ont commencé depuis deux mois ! Aujourd’hui s’opère une sélection par l’échec : c’est la pire des solutions. Il y a sans doute bien des améliorations à apporter à l’enseignement universitaire, en termes de prise en charge des étudiants, de pédagogie. Tant que l’on n’aura pas fait sauter ce verrou idéologique, aucune réforme ne sera efficace. Lire la suite »

  • Le capital temps et la mission des présidents d’université. Par Olivier Beaud et Claudio Galderisi

    Date: 13 mars 2012 | Catégories: Tribune

    Article paru dans Libération – le 13 mars 2012 

    « We are here to protect your time ». C’est avec ces mots que le président d’une de ces universités américaines qui constituent une référence pour nos dirigeants, Stanford, s’est adressé à ses collègues. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer un président d’université française s’adresser à ses pairs en ces termes.

    Pourtant, sans le temps destiné à la lecture, à l’étude, à la recherche, l’enseignement supérieur n’existe plus. Protéger le temps, c’est protéger le bien le plus précieux dont ont besoin tous les universitaires : les professeurs et les étudiants, car le modèle du bachotage n’est pas toujours le raccourci idéal vers cette formation de l’esprit critique qui est la première des compétences. La défense du statut universitaire doit être une priorité des présidents d’université, mais il est également indispensable que ces derniers continuent à se penser comme des universitaires au lieu de se transformer en gestionnaires, comptables d’un budget qu’il ne leur appartient pas de déterminer. Pour protéger le temps de leurs collègues les présidents des universités devraient aussi préserver au moins en partie leur temps de recherche et d’enseignement, y compris pour pouvoir revenir à leur mission statutaire une fois leur mandat achevé. Lire la suite »