La mort de Quentin Deranque, dans un contexte de tensions suscitées par la venue de Mme la députée européenne Rima Hassan à l’IEP de Lyon, a créé une émotion immense et légitime dans tout le pays. En attendant que l’autorité judiciaire établisse les responsabilités dans ce drame survenu en dehors d’une enceinte d’enseignement supérieur, l’institution universitaire se trouve déjà mise en accusation. Des voix s’élèvent pour demander que les universités « à la dérive » soient identifiées et placées sous tutelle, afin d’y « rétablir la loi, le calme et l’ordre républicain ». De telles prises de position qui témoignent d’une méconnaissance totale du principe d’autonomie des universités, jettent un soupçon global sur le monde académique et font peser sur lui une responsabilité collective qui ne saurait être admise.
Fidèle à ses convictions, QSF rappelle avec force les principes qui fondent l’université moderne : l’autonomie intellectuelle, l’indépendance scientifique et la capacité de penser librement les questions les plus vives de notre temps.
L’université demeure un espace irremplaçable du débat d’idées, fondé sur une recherche exigeante, sur la confrontation argumentée des points de vue et sur une discussion contradictoire éclairée et respectueuse des opinions de chacun. Elle est l’un des lieux privilégiés où se forment des citoyens capables d’esprit critique, attachés à la rationalité du débat et aux valeurs de la République. Fragiliser cette institution, c’est affaiblir l’un des piliers essentiels de notre démocratie. La défendre, ce n’est pas nier les tensions qui peuvent surgir, mais c’est affirmer qu’elles doivent être traitées dans le cadre du droit commun et des principes qui gouvernent l’institution.
C’est précisément parce que l’université est un lieu de science qu’il convient de rappeler le cadre juridique dans lequel s’exercent les libertés estudiantines. L’article L 811-1 du code de l’éducation, issu des lois Faure (1968) et Savary (1984), reconnaît aux étudiants la liberté d’information et d’expression, exercée à titre individuel ou collectif. Ces libertés constituent un acquis fondamental. Elles ne sont cependant pas sans limites. Dès 1968, la loi prévoyait qu’elles devaient s’exercer « dans des conditions qui ne portent pas atteinte aux activités d’enseignement et de recherche et qui ne troublent pas l’ordre public ».
Il est également significatif de constater que selon la loi de 1968, la liberté d’information devait s’exercer dans des conditions « qui ne prêtent pas à monopole ou propagande ». Si cette formule n’a pas été reprise par la suite, son esprit demeure. Les amphithéâtres universitaires ne sont ni des plateaux de télévision ni des chapiteaux de réunion. Ils peuvent accueillir des débats sur des questions politiques contemporaines, y compris en présence d’acteurs du jeu politique, mais dans le cadre d’un débat scientifique : présence d’universitaires, échange contradictoire, cadre respectueux. Il appartient donc aux associations étudiantes – et aux autres –, lorsqu’elles exercent leurs libertés, de veiller à ce que celles-ci demeurent conformes à la vocation première de l’université : la recherche et la transmission des savoirs.
Cette vocation première de l’université doit être soutenue. Les prises de position contre les universités « à la dérive » ne doivent pas servir de prétexte à un désengagement de l’État ou à de nouvelles restrictions du financement de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les établissements subissent déjà une fragilisation budgétaire dont les effets se font sentir sur les conditions d’enseignement, sur l’attractivité des carrières scientifiques et sur la compétitivité internationale de notre recherche. Les affaiblir davantage reviendrait à compromettre durablement leur capacité à remplir leurs missions fondamentales : produire des connaissances rigoureuses, former les générations futures et contribuer au progrès scientifique, technologique, culturel et social du pays.