• Un dixième mois de scolarité ?

    Date: 14 février 2011 | Catégories: Communiqués

    Le ministère de l’enseignement supérieur a adressé aux présidents d’université une lettre en date du 6 janvier 2010, relative à la mise en place d’un dixième mois de bourse pour les étudiants et à l’allongement de l’année universitaire que cette mesure impliquerait.

    S’appuyant sur une déclaration de la CPU du 26 août 2010, le ministère demande que toutes les universités organisent « le passage à dix mois de scolarité », et met en place un groupe de travail présidé par Patrick Hetzel pour réfléchir au « cahier des charges » de ces dix mois.

    Ces annonces appellent quelques commentaires :

    L’augmentation du nombre et du montant des bourses fait partie des mesures que QSF réclame pour améliorer les conditions de travail des étudiants. Nous sommes néanmoins encore bien éloignés d’une politique de bourses à la hauteur des exigences de la cinquième puissance économique mondiale. Les montants restent extrêmement faibles et tout à fait insuffisants pour subvenir aux besoins les plus élémentaires : nous rappelons que le sixième échelon de bourse sur critères sociaux, le plus haut, correspond à 4 370 € annuels. En même temps l’APL (Aide personnalisée au logement) continue d’être distribuée de manière indiscriminée, et n’a jamais eu comme résultat que l’augmentation des loyers dans les villes universitaires. En outre, la politique des bourses ne peut avoir qu’une faible efficacité si elle ne s’inscrit pas dans une politique de la vie étudiante tenant compte des grands besoins de nos universités en termes de bâtiments et de services, notamment les bibliothèques.

    Il est contestable d’associer à la décision sur le dixième mois de bourse la mesure qui consiste à allonger l’année universitaire en étendant l’ensemble des formations à dix mois de scolarité. Que signifie « passer à dix mois de scolarité » ? Si l’on compte prérentrée, cours, deux sessions d’examens, stages, soutenances de mémoires et de thèses, l’année universitaire dépasse de loin la durée des semestres d’enseignement et s’organise déjà sur dix mois. Donc, l’expression ministérielle « allongement de l’année universitaire » est soit injustifiée, soit impropre. Le ministère souhaite-t-il une plus longue durée des cours ? Sachant qu’il n’est pas prêt à financer une augmentation des heures de cours, cet allongement se réduit-il à une dilution des enseignements ?

    Quoi qu’il en soit, une telle mesure revient de fait à une simple réduction du temps consacré à la recherche. QSF  estime que le temps destiné à la recherche constitue aujourd’hui le problème central du métier d’universitaire et qu’il ne peut y avoir de véritable enseignement supérieur qui ne soit nourri par l’étude et la recherche fondamentale. Un universitaire allemand dispose d’au moins quatre mois par an, pendant lesquels il n’a ni cours ni examens, contre les deux mois d’un universitaire français (vacances comprises). Le temps que l’universitaire consacre à la recherche, et à la production scientifique, y compris les congrès et échanges internationaux, est une condition de la qualité de son enseignement. Vouloir réduire encore ce temps déjà restreint, en diluant l’enseignement sur un mois de plus, ne signifie pas améliorer la qualité du service offert aux étudiants, mais au contraire contribuer à la secondarisation de l’université, que QSF refuse.