• Les MOOCS : Cours massifs ou armes de destruction massive ? par Pascal Engel

    Date: 24 mai 2013 | Catégories: Tribune

    Un nombre croissant d’universités, principalement aux Etats Unis – mais peu encore en Europe (EPFL, Genève, Munich, Edinburgh, Amsterdam) – se sont lancées dans les MOOCs (massive online open courses, en français cours massifs en ligne libres « CMELL », mais à ce jour, seuls trois établissements francophones ont des MOOCscs[1]). Comme on sait,il s’agit de cours en ligne sous la forme de séries de podcasts, « gratuits et accessibles à tous », promettant, au lieu du cours ex cathedra en « présentiel » une « pédagogie participative » en « virtuel » autorisant « des exercices, des quizz en ligne, l’auto -évaluation par les pairs, et des forums ». Depuis que ces cours ont été proposés par diverses universités américaines pionnières (Stanford, Harvard, MIT, etc.), puis se sont étendus aux autres, ils ont connu un immense succès, attirant sur la toile des centaines de milliers d’étudiants du monde entier et, du même coup, l’appétit des investisseurs. Les arguments en faveur des MOOCSsne manquent pas. Ils vont, nous dit-on, étendre les campus virtuels à l’échelle mondiale et permettre aux étudiants des pays les plus défavorisés d’avoir accès à l’enseignement supérieur. On vante leur caractère démocratique – alors qu’il faut un diplôme et payer des droits pour s’inscrire à l’université, les MOOCS seraient ouverts et gratuits – et leur pédagogie novatrice – le professeur n’a plus qu’un rôle secondaire d’incitation à la discussion, les étudiants font le reste – ainsi que leur commodité pour le professeur, qui peut à présent se consacrer à l’ « animation de petits groupes » et « à la recherche ». Qu’en est- il en réalité ?[2]

     

    Il faut bien voir qu’avec les MOOCs, on a affaire à une mutation qui n’est pas seulement quantitative de l’offre en ligne de l’enseignement supérieur, mais aussi qualitative. Ils ne sont, en un sens, pas une nouveauté. Depuis longtemps, les universités ont développé l’ e-learning, sous la forme de plateformes en ligne de type moodle de forums de discussion, et d’autres dispositifs auxiliaires. Des centres de télé-enseignement comme le CNED utilisent ces techniques depuis longtemps. De nombreuses institutions (comme Stanford, le MIT, le Collège de France) diffusent depuis plusieurs années gratuitement et à tous des cours publics en ligne. Bien des enseignants s’y sont mis, y compris l’auteur de ces lignes, en déposant sur ces plateformes les power points et les notes de leur cours, et ils ont utilisé nombre de ressources de l’online education. Ce qui est nouveau dans les MOOCs est, outre le changement d’échelle du public (certaines plateformes annoncent plus de deux millions d’inscrits), le fait qu’ils se présentent explicitement comme des équivalents des cours universitaires en comprenant un syllabus explicite, des assignations d’exercices, et surtout une évaluation en ligne de ceux-ci. Cette évaluation se fait par les méthodes de crowdsourcing, rebaptisées « peer evaluation » – ce qui signifie que ce sont les auditeurs du cours, donc les étudiants, qui s’auto-évaluent et évaluent leur « pairs ». Les étudiants peuvent aussi aller sur des forums et former des groupes d’apprentissage. Ce qui est nouveau aussi est que ce ne sont pas les universités seules qui organisent ces cours massifs ouverts, mais des plateformes en ligne (Edura et edx, udacity, notamment), opérées par des start ups auxquelles les universités confient le soin de monter et diffuser leur catalogue des MOOCs.

    Les promoteurs des MOOCs nous vantent leurs avantages avec un enthousiasme de vendeurs d’autos neuves. 1) Ils sont des vitrines formidables pour les enseignements d’une université .2) Ils donnent accès à l’éducation universitaire à des publics qui n’y avaient jusqu’alors pas accès, notamment dans les pays les plus pauvres. 3) Ils sont gratuits, et sans prérequis d’entrée, donc démocratiques. 4) Ils permettent de libérer les universitaires et les administrations de la charge représentée par les vastes cours d’amphi, en laissant aux enseignants la possibilité de se consacrer à des groupes plus restreints et à leurs recherches. 5) Ils vont introduire une révolution dans l’enseignement et changer les méthodes de travail des universités.

    Il n’est pas très difficile de comprendre pourquoi les universités ont intérêt à développer les MOOCs. Aux Etats Unis le coût de l’éducation universitaire a augmenté drastiquement (à Harvard un undergraduate coûte 50 000 $ par an), au point qu’un grand nombre d’étudiants sont endettés, que le personnel administratif a crû deux fois plus que le personnel enseignant (voir le livre de Benjamin Ginsberg The Fall of the Faculty: The Rise of the All-Administrative University and Why It Matters (Oxford University Press, 2011). En Europe, où les universités sont moins chères pour l’étudiant, mais presque aussi coûteuses pour l’Etat, on n’en est pas encore là, mais quel président d’université bondée, confronté aux coûts croissants de l’enseignement et à la surpopulation étudiante ne serait pas intéressé par la possibilité de faire des économies en réduisant le nombre des étudiants sur les campus pour en mettre une bonne quantité derrière des ordinateurs à la maison, et peut-être en réduisant le nombre de postes d’enseignement? Les enseignants eux-mêmes n’y ont-il pas tout intérêt ? Quel parent n’a pas poussé un ouf de soulagement de ne pas avoir à organiser des jeux pour les goûters d’anniversaire de ses enfants quand il a constaté qu’ils jouaient très bien ensemble tout seuls ? Quel professeur n’a pas été ravi de pouvoir aller fumer une cigarette dans la cour en laissant sa classe se débrouiller toute seule ? Les professeurs stars qui parlent devant des amphis bondés n’ont-il pas intérêt à décupler leur influence ? Inversement ceux qui parlent devant des bancs vides n’ont-ils pas intérêt à se convertir au « virtuel » pour éviter un embarrassant « présentiel » ? Les MOOCsne réalisent-ils pas l’idéal lichtenbergien d’une université sans étudiants et sans professeurs auxquels il manquerait des salles de classe ?

    Le principal problème que posent les MOOCs est celui de savoir s’ils sont conçus comme des auxiliaires virtuels aux enseignements existants en « présentiel » ou s’ils visent, à plus ou moins long terme, à remplacer ces enseignements et à constituer un nouveau type d’enseignement universitaire à part entière, voire l’essentiel de l’enseignement universitaire. Or on tient, dans les annonces, un double discours. D’un côté, on nous les présenter comme l’enseignement universitaire du futur, et on laisse entendre que les étudiants du monde entier pourront avoir l’enseignement du MIT, de Harvard, de Stanford ou d’Edimbourg à trois clics de distance.[3] De l’autre, la plupart des universités jurent leurs grands dieux qu’il ne saurait être question de la seconde hypothèse, et qu’au contraire les MOOCs renforceront l’enseignement universitaire, en obligeant les professeurs – qui, bien entendu, ne le font pas aujourd’hui ! – à se consacrer mieux à leurs étudiants dans de plus petits groupes. Cet argument est déjà en lui-même un aveu que les MOOCs ne permettent pas aux enseignants virtuels de se consacrer aux étudiants. Certes les grands cours d’amphi bondés le permettent rarement. Mais c’est oublier qu’il y a nombre d‘enseignements dans les universités, où malgré leur caractère « magistral », le professeur discute avec ses étudiants, revient en arrière dans ses propos, change de vitesse quand c’est nécessaire, répond aux questions, et surtout adapte son rythme en fonction de mille petits signes venus de son auditoire. Le cyber-étudiant peut toujours appuyer sur la touche backwards de son podcast, il n’aura pas de réponse à sa question. Va-t-on, comme dans les sit-coms et les jeux télévisés ajouter des rires pré-enregistrés ou des soupirs d’ennui pour reconstituer l’ambiance d’une salle de classe ?

    Reprenons les arguments pro et contra, en gardant bien à l’esprit que l’univers des MOOCsest à présent déjà ancré dans la réalité de l’enseignement supérieur.

    Les MOOCs sont-ils un instrument de démocratisation de l’enseignement supérieur ? Si c’est une question de nombre, il est évident que la réponse est oui. Mais est ce que le fait qu’un cours, par exemple, sur l’Iliade ou sur la programmation en java, est vu par des millions de gens leur donne accès à l’enseignement supérieur ? Il donne accès à des cours en ligne, au même titre que You Tube donne accès à toutes sortes de choses. Il ne donne pas accès au professeur, par définition, et si, comme dans la plupart des cas le MOOC d’un cours est accompagné d’un « flipped course » interne, qui est réalisé par des assistants, celui-ci n’est pas de l’enseignement online pour les étudiants des universités, mais des aides à l’enseignement, qui ne peuvent donc dispenser les étudiants de venir sur le campus.

    Les masses qui s’inscrivent aux MOOCs sont-elles des étudiants des pays pauvres n’ayant jamais eu accès à l’université. ? La plupart des études réalisées jusqu’ici montrent qu’en fait le principal public vient des étudiants et des classes moyennes des pays industrialisés et des pays en développement qui ont déjà accès à l’université. Les MOOCs peuvent servir de produit d’appel aux universités occidentales qui ont déjà des antennes en Asie ou au Moyen Orient (comme l’université de Nottingham en Malaisie) voire leur éviter d’ouvrir de nouvelles succursales. Mais il y a peu de chances que dans les pays où l’accès à un ordinateur ou même à internet, ou même simplement à une salle de classe, les MOOCs prennent. Un promoteur des MOOCs à Stanford a déclaré : “We’re on the cusp of an opportunity to deliver a state-of-the-art, Stanford-calibre education to every single kid around the world.” Pense-t-il vraiment que les étudiants de Tombouctou et de Antanarivo , qui n’ont pas accès au web, et peinent à trouver un stylo et un bout de papier vont se transformer en des étudiants du campus de Palo Alto ? Il y a là une forme d’escroquerie. Recevoir par internet une éducation « de calibre Stanford » n’a pas plus à voir avec le fait de recevoir une éducation à Stanford que la possession d’une imprimante à pizza peut régler le problème de la faim dans le monde .

    On nous dit que les MOOCs sont gratuits. En effet ils le sont, pour ceux qui ont un accès internet (souvent payant ), et pour les cours d’introduction, qui ne donnent pas lieu à un diplôme, mais à un simple certificat si l’on a suivi le cours, ce qui montre assez bien que malgré le discours qui nous les présente comme des équivalents de l’enseignement actuel, ils n’en sont pas. Quand on consulte en revanche les MOOCs destinés aux graduates, par exemple sur le site d’Edimbourg , on s’aperçoit qu’ils sont payants (). Il y a donc au moins deux vitesses. Il est bien évident que les MOOCs ne sont pas destinés à la philanthropie éducative, mais sont, pour les grandes universités américaines qui ont mis des millions de dollars dans ces programmes, des sources d’inscriptions effectives payantes. Ils servent en fait d’introduction à l’enseignement supérieur. Cela n’a en soi rien de scandaleux et pourrait bien être un excellent instrument d’information. En France, bien des filières de premier cycle où les étudiants abandonnent au bout d’un an pourraient ne pas être engorgées si les étudiants avaient une idée de ce qui les attend avant de s’inscrire. Mais la prétendue gratuité est un leurre. Le statut des MOOCs est encore ambigu, mais il n’est pas difficile d’imaginer qu’ils sont destinés, à terme, à remplacer les enseignements traditionnels, pour lesquels « la charge de travail n’est pas proportionnelle au nombre des étudiants » – ce qui veut dire qu’il y a des enseignants qui travaillent trop pour très peu d’étudiants et d’autres qui, du fait de la surpopulation des amphis ont un surcroît de travail, et que ces deux catégories seraient avantageusement remplacées par des MOOCs

    On nous dit que les MOOCs vont renouveler la pédagogie, en permettant aux étudiants de maîtriser d’abord le matériau de base, puis de pouvoir travailler en petits groupes sous la direction des enseignants. Sur le principe, on ne voit pas trop en quoi cela apporte du nouveau par rapport au découplage standard cours magistral / TP, à ceci près que le MOOC permet évidemment de faire l’économie d’amphis bondés. Il est cependant assez difficile de voir comment on peut répartir en groupes, même assez nombreux, les auditeurs d’un MOOC qui ne réunirait même que 10 000 personnes ( certains réunissent 180 000 étudiants , souvent plus) . Une expérience intéressante est narrée ici .

    Les MOOCs sont supposés aussi être interactifs, utilisant , comme jusqu’à ce jour les plateformes Moodle ou Dokeos pratiquées par diverses universités, des forums de discussion, et des questionnaires en ligne. Il est difficile d’imaginer qu’un enseignant de MOOC puisse répondre aux questions de 10 000 étudiants. Ce sont donc les étudiants qui entrent en contact les uns avec les autres, discutant le cours. C’est certainement une excellente chose, mais qui n’a rien à voir ni avec ce que l’on appelle traditionnellement un TP, et encore moins avec un contact avec les enseignants. C’est plutôt comme si des étudiants se réunissaient entre eux pour lire un manuel et le discuter.

    On nous vante le fait qu’avec les MOOCs ce sont les étudiants eux-mêmes qui pourront corriger leurs propres erreurs, en consultant les autres membres du cours. C’est ne fait sur ce type de pédagogie interactive que repose la validation supposée, puisqu’il ne saurait être question pour l’enseignant, et encore moins ses assistants de corriger les exercices de 10000 à 100000 étudiants. Cette méthode est peut être adaptée pour les disciplines qui se prêtent aux exercices sous formes de questionnaires et de quizz. Mais dans les humanités, quand il s’agit de rédiger un essai ou un travail un peu long et demandant une réflexion qui va au-delà du QCM, on ne voit pas en quoi il peut y avoir la moindre validation par des « pairs ».

    On ne saurait contester aux défenseurs des MOOCs le fait qu’ils dispensent les professeurs d’avoir à rencontrer les étudiants : plus d’office hours, plus de réunions de rentrée où l’on annonce les programmes, plus de voyages pénibles pour ceux qui habitent loin pour rallier des universités de métropole bondées. Les étudiants ne seront plus soumis à des expériences désagréables avec des étudiants insolents et inversement les étudiants n’auront plus affaire à des professeurs hautains et élitistes, puisqu’ils n’auront plus à les rencontrer. On peut se demander aussi , si les MOOCs se généralisaient, comment il pourrait même y avoir de la mobilité étudiante, puisque tout le système semble fait pour laisser les étudiants chez eux ? Ajoutons un effet pervers potentiel qui pourrait bien affecter la mobilité des professeurs : si les étudiants de par le monde peuvent voir sur un MOOC les cours dispensés par les enseignants dans leurs propres universités, ceux-ci pourront-ils répondre à des invitations dans des universités étrangères où ils donneraient les mêmes cours que ceux que leurs hôtes pourraient aussi bien voir sur internet ? A quoi bon inviter telle star académique dans une université en Asie, par exemple, si sa conférence est déjà sur le net ? La star risque bien d’être tentée de rester chez elle, et les universités étrangères gagneront de l’argent en ne l’invitant pas !

    En fait les résultats de l’enseignement par MOOCs sont loin d’indiquer qu’ils sont systématiquement plus efficaces que l’enseignement traditionnel sur une durée équivalente. Selon certaines statistiques , 91% des étudiants online réussissent contre 94% dans un cours traditionnel et le taux de décrochage est légèrement supérieur  et plusieurs études aux US semblent indiquer des différences significatives selon les origines ethniques des étudiants. Même si on admet que les techniques d’enseignement participatives via quizz et forums – que l’e-learning pratique depuis longtemps – sont plus novatrices, la plupart des MOOCs sont de cours ex cathedra de type assez traditionnel, où un enseignant unique s’adresse à un public passif.

    A toutes ces objections, que l’on trouve déjà sur les forums de discussion sur internet consacrés aux MOOCs[4], leurs partisans répondent qu’il ne saurait être question d’aller au-delà d’auxiliaires à l’enseignement supérieur tel qu’il existe actuellement. Mais ces démentis rassurants sont eux-mêmes démentis par ce qu’annonce un épisode récent qui s’est produit à la San José State University : l’Etat de Californie y a décidé , pour cette université de remplacer tous les enseignements de premier cycle par des MOOCSs  Et les enseignants de cette université se sont élevés contre le remplacement de leur enseignement par un MOOC d’une star de Harvard en philosophie, Michael Sandel .

    [5]  Il n’est pas difficile de voir ce qui se profile ici : la diminution programmée des enseignements ,des postes d’enseignants, la vassalisation des petites universités qui deviendront des parents pauvres et des clients des grandes universités qui auront pu développer des MOOCs avec des professeurs stars, la réduction de l’offre d’enseignement au bénéfice d’une compétition entre les MOOCs qui auront pignon sur rue. Bien sûr, on peut supposer qu’un processus darwinien contribuera à l’émergence des meilleurs cours, et il y en a d’excellents comme celui de Walter Sinnott-Armstrong et Ram Neta en critical thinking (Think Again: How to Reason and Argue) , mais d’autres ne laissent pas d’étonner . La plateforme Edx par exemple nous dit avec fierté comment on va à présent enseigner l’Iliade:

    “This course takes a highly comparative approach, integrating other forms of artistic representation (such as painting, theater, music, and sculpture) and examples of heroic themes across time. For example, students may be discussing a scene from Homer’s Iliad one moment and watching a clip from a modern film like Ridley Scott’s Blade Runner the next, all as part of this course’s the holistic approach to concepts of the heroic and the anti-heroic.”

    Et sur un autre MOOCd’études anciennes on voit une photo de monument antique arborant fièrement la devise orthographiée d’une manière qui aurait fait sursauter même Alcibiade :

    Gnothi sayton

    Il faut espérer que les étudiants auront l’occasion de rectifier en « crowdsourcing », mais ce sera difficile, car il s’agit d’un film. On a parlé de « macdonaldisation de l’enseignement supérieur » (

    Il ne s’agit évidemment pas de nier la valeur et l’intérêt de ces technologies. Mais il est absurde de soutenir qu’elles peuvent prendre la place des enseignements universitaires. On peut certainement les considérer en partie comme des substituts des manuels, sans doute plus efficaces et plus attrayants. Mais tout enseignant, et tout étudiant, savent que donner à l’étudiant un manuel n’est pas la même chose que lui faire cours[6].

    Conclusion

    Toutes les révolutions technologiques nous sont présentées comme des progrès démocratiques. Les MOOCs vont-ils être le printemps de l’enseignement supérieur ? Il est permis d’en douter. Même sous leurs formes les plus ancillaires, ces plateformes constituent déjà des violations des principes de base de l’enseignement supérieur :

    • le droit pour tout étudiant à avoir accès au professeur
    • le droit des enseignants à être les auteurs de leurs cours (et à ne pas se voie dépossédés par des tiers[7]) :
    • la liberté académique (celle de proposer les enseignements que l’on souhaite)
    • le droit au savoir (et pas à une information distribuée dans des quizz[8])
    • la démocratie de l’enseignement (et pas un régime à deux vitesses où les élites auront droit au « présentiel », aux pelouses des campus et aux bureaux high tech, alors que le tout -venant aura droit à regarder les premiers sur un écran)

    Les MOOCs ne cessent de vanter la pratique, le refus du savoir théorique, Ils sont l’un des dispositifs de pointe dans la vaste liquidation, qui se déroule sous nos yeux, de ce que l’on avait coutume d’appeler « savoir » et qu’étaient supposées transférer et produire les universités. Comme le Canada Dry ressemble à de l’alcool, les MOOCs ressemblent à des cours universitaires tels que nous les connaissons, mais ce sont des armes de destruction massive du savoir et de l’université .

     

    Pascal Engel

    EHESS / UNIGE



    [1] EPFL, UNIGE et Ecole Polytechnique. Selon des statistiques qui évoluent régulièrement, les universités partenaires des principales plateformes (Coursera, EdX et Udacity) sont plus de 35,et le nombre des « étudiants » concernés plus de 3 millions.

    [3] Ainsi le Journal de l’UNIGE  nous vante-t-il  les MOOCs avec un touchant accent philanthropique en nous disant que même les Turcs pourront avoir accès au savoir : « Des participants turcs se retrouveront peut-être une fois par semaine dans un café à Istanbul pour discuter d’un cours suivi sur un «MOOC» ou traduire celui-ci à l’intention du public non anglophone » (N°73, 14 mars 2013 , p. 2)

    [4] Voir en particulier le site elearning.europa

    [5]  “In mid-April, the faculty at Amherst voted against joining a MOOC program. Two weeks ago, the philosophy department at San José State wrote an open letter of protest to Michael J. Sandel, a Harvard professor whose flagship college course, Justice, became JusticeX, a MOOC, this spring. “There is no pedagogical problem in our department that JusticeX solves,” the letter said. The philosophers worried that the course would make the San José State professor at the head of the classroom nothing more than “a glorified teaching assistant.” They wrote, “The thought of the exact same social justice course being taught in various philosophy departments across the country is downright scary.”   http://www.newyorker.com/reporting/2013/05/20/130520fa_fact_heller

    [6] Voir l’excellente mise au point de Pamela Hieronymi,  http://chronicle.com/article/Dont-Confuse-Technology-With/133551/

    [7] Je n’entre pas ici dans les discussions au sujet de open access  ni dans celles qui concernent le copyright , mais il est clair qu’elles sont liées.

    [8]  Il ne faut pas confondre savoir et information. Cette confusion est à la base des apologies de l’enseignement virtuel d’auteurs comme Michel Serres. Pour quelques raisons de résister à la « Petite Poucette », je me permets de renvoyer à mon article « L’insoutenable légèreté du savoir »